Etape 5 - Arthur's lake / Delorraine - 100 km - 900m de dénivelés

...6:50, j'ouvre un oeil. En position du foetus, roulé dans mon duvet,  avec tout les vêtements disponibles sur moi, bonnet compris jusqu'au bout du nez. Pas un bruit dehors à part des bruits d'animaux étranges et quelques ronflements des tentes a côté. Mon binôme de tente Wandsel est emmitouflé dans son énorme duvet, les yeux ouverts il regarde la toile, il a l'air reposé le veinard ! A cet instant  je me remémore ma nuit de galère, à ces longues heures à lutter contre le froid, ne sachant plus quoi me mettre sur le ventre, c'est simple ce matin je me reveille donc avec mon cuissard, mes 2 maillots de vélo, mon unique polaire et mon coupe vent sur le dos (a l'interieur même du duvet). Combien de temps cette lutte a pu durer ? Je n'en ai aucune idée... je me revois en pleine nuit en train d'essayer de faire des abdos pour ....tout simplement : ne pas mourir de froid ! C'est quand même con parfois comment un choix banal de duvet à Rueil, un soir dedécembre  a pu me foutre dans cette galère ! Est ce que les autres ont aussi eu si froid ? Je n'en sais rien...
Soudain une phrase de Gilbert dans la tente a coté se fait entendre : " haaa au panthéon des nuits de merde, celle-cimérite  d'etre gravée au sommet"
Ouf ! égoïstement je suis rassuré, je ne suis pas le seul a avoir souffert du froid. Pour être précis, nous sommes même 4 à avoir misé sur le "chaud" en Australie. Et donc 4 à nous être équipés "light" pour les nuits. Donc 4 a nous être battus en corps a corps contre le thermomètre : 0 degrés pour un duvet prévu 10-12 degres "confort".

Mais faisons un flashback pour comprendre comment on en est arrivé là : hier soir nous sommes arrivés dans ce camp paumé, tenu par un vieux bénévole , mix de david crockett et crocodile dundee. Il n'y a rien a des kilometres a la ronde, nous sommes a 1100m d'altitude, il a plu toute la journée, nous sommes trempés, le montage de tente se fait sous des averses, le rechaud a essence de François ne démarre pas, il fait 7 degrés...là dejà on aurait dû deviner que ca n'allait pas être une nuit de rêve ! Pourtant, dans nos têtes, c'est l'Australie, la soirée est top, on mange des pates (cuites au feu de bois du coup), en pleine forêt sauvage, qui plus est, au bord d'un lac et entourés de wallabies pas farouches, le bonheur.... Quelle naiveté, une vraie bande d'amateurs du climat Tassie !

Bref, reprenons le fil. Après un p'tit dej de restes de pain et gateaux de la veille, le tout agrémenté de thé dilué dans une eau souillée et chauffée mais pas bouillie a même le reste de braise, nous repartons sur nos bécanes, transis de froid.

Le route monte (pour en rajouter une couche), si bien que nous nous retrouvons vite a flirter avec les 1200m, ce qui sera le point culminant de notre sejour taz. Rien à signaler jusque là :  route au milieu des forets d'eucalyptus, wallabies qui sautent devant nos roues, paysages montagneux et sauvage splendides , le quotidien quoi (ha ha je vous nargue)...bon par contre on est bleus, le thermometre approche les 3 degrés et on est équipé  en mode été...wouhou...

Km 30, apres une ultime bosse, arrive enfin devant nos yeux ce que nous attendons tous depuis 2 jours (depuis qu'on se caille) : la descente de 10 km qui va nous faire passer du plateau montagneux a 1200m aux plaines du Nord a 200m (on gagnera au moins 10 degrés). D'ailleurs on s'arrête, congelés, pour contempler du rebord de ce plateau (tel un balcon), les prairies jaunies et sèches au nord, a perte de vue, pour laisser derrière nous, le sud et le froid (ca change de chez nous).

Une descente de 10km c'est le pied....pendant un moment on oublie tout, on lâche les freins, on ouvre la bouche et on souris (enfin pas trop pour éviter les moustiques). Le problème c'est qu'on est rapidement pris au jeu et bien sur, grisé par la facilité, on atteint vite les 80km/h....avec des saccoches et des velos a 30 Kgs...c'est chaud ! Mais le plus désagréable dans l'affaire, c'est que ca dure que 10 min ! 2 jours pour atteindre 1200m et 10 min pour redescendre, vous voyez le délire ?

Pause café dans le premier village qui passe. C'est désert, on dirait un village amish, tout est propre, tout est rangé , toutes les maisons pareilles, des jardins parfaits, des gens trop gentils. En bons Français, nous ne sommes pas habitués : "c'est une secte ce truc  ?" Nous dévalisons (en toute légalité) le petit salon de thé qui fait office de galerie d'art. Le couple de retraités aux fourneaux se prennent un rush. Habitués a 2 clients par semaine pour leur thé du dimanche, là, ils voient arriver 7 gugusses affamés, qui s'étalent partout et commandent sans discontinuer des plats et boissons a n'en plus finir. Des gaulois quoi....ils terminent par s'assoir dans des canapés, épuisés,  en nous disant au revoir (Ils ont du fermer derrière nous).

Par la suite, la route est pour la premiere fois monotone, profil assez plat, des champs de blé et de bétail et des centaines de wallabies écrasés.

Km 70, dernière pause dans un village encore plus tranquille que le précédent. Nous prenons les dernières forces pour les derniers kilomètres de cette première étape de 100 km. Nous terminons finalement a Delorraine, petit bourg de 2000 âmes, très sympathique.  Le camping au bord d'une riviere est superbement aménagé et nous permet même de faire notre première lessive (il était temps). Un ornythorinque se balade prêt des tentes, on se prelasse, et chacun vaque a ses occupations : Luc bricole son vélo, Olive et Gilbert récupèrent le linge aux lessives, Wandsel et Laurent sont à la douche et François soigne sa fièvre en regardant l'eau de la rivière couler.

22h je termine ses dernières lignes depuis ma tente, tout le monde dort et je vais faire pareil car je suis cassé et surtout, cette fois je sais qu'il fera bon dans la tente. A vous cognacq jay. Bonne nuit.
































Commentaires

  1. Aîe Aîe, Pays féroce pour les wallabies; encore 4 beaux spécimen couchés sur le bord de la route.
    Bon désormais, vous devriez retrouver un peu de chaleur. Je vois que vous avez rencontré les sœurs Brontë ? JC

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    1. Bravo à tous. Textes savoureux, images saisissantes. Quant à Wandsel, il fait réver tous les Rouergats, on n'avait pas vu d'Aveyronnais aussi à l'aise dés que la route s'élève depuis Christian Boulet dans la montée de Superbagnères en 1976 et Manuel Busto, le mardi 4 juillet 1961 dans l'étape mythique du Tour Grenoble Turin !

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  2. Amusante cette photo des jeunes femmes sur ce pont métallique. Vous n'avez pas seulement fait un saut géographique mais un saut dans le temps !! Dites nous, c'était un tournage pour un film en costumes ?! :)

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